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dimanche 8 avril 2012

Artemisia : pouvoir, gloire et passions d'une femme peintre


Judith et Holopherne (vers 1612), Naples, Museo Nazionale di Capodimonte


C'est une première en France : du 14 mars au 15 juillet, le musée Maillol consacre une exposition à l'exceptionnelle artiste qu'était Artemisia Gentileschi.
Née à la fin du XVIème siècle à Rome, à une époque où une femme peintre devait généralement se contenter des genres dits inférieurs comme la nature morte, Artemisia, à force de talent, d'intelligence et de pugnacité, accéda pourtant à la peinture d'histoire (considérée alors comme le genre majeur) ) et parvint à construire une carrière digne de ses plus célèbres collègues masculins. Sa renommée lui valut des commandes en provenance de différentes cours européennes et l'amena à se déplacer de Rome à Florence d'abord, pour se diriger ensuite vers Venise et enfin vers Naples où elle achèvera sa vie.

Longtemps tombée dans l'oubli, elle fut "redécouverte" en 1916, avec son père le peintre Orazio Gentileschi, par l’historien d'art et collectionneur italien Roberto Longhi qui reconnut en elle une grande artiste.
Cependant, tout au long du XXème siècle, on s'intéressa essentiellement à Artemisia pour l'exemple de femme indépendante, libre et courageuse qu'elle représenta, elle qui dut faire face au terrible outrage que lui infligea Agostino Tassi, un collaborateur de son père, qui la viola lorsqu'elle avait 18 ans. Cette image à connotation "féministe" occulta sans aucun doute son immense talent.
Ce n'est qu'assez récemment qu'on lui a finalement rendu justice, et l'exposition du musée Maillol témoigne de la volonté de remettre en lumière cette artiste exceptionnelle.

Si l'héritage caravagesque est manifeste au début de la carrière d'Artemisia, sa peinture évoluera au fil de ses déplacements, influencée par les "manières" propres aux différents milieux artistiques qu'elle fréquentera.
Les œuvres exposées comprennent de nombreuses scènes mythologiques ou religieuses, généralement de très grandes dimensions. Cependant, mises à part plusieurs belles réussites (comme Judith et sa servante Abra avec la tête d'Holopherne (1640-1645), dominée par un clair-obscur caravagesque, ou le fameux Judith et Holpherne, exécutée vers 1612), c'est peut-être avec des toiles de taille plus modeste que le talent d'Artemisia éclate véritablement. On retiendra notamment une magnifique Madeleine (exécutée vers 1630), toute dans les tons mordorés, l'Autoportrait au luth (vers 1615-1619), le Portrait d'une dame assise (vers 1620) et son vêtement richement brodé, l'Allégorie de la Renommée (vers 1630-1635), ou encore une Minerve vêtue d'une robe aux lourds drapés couleur parme (vers 1635).
Et comment ne pas évoquer la délicieuse Vierge à l'enfant et au rosaire (1651), une huile sur cuivre aux tonalités rouge et bleue intenses ?
Signalons qu'à l'occasion de l'exposition, le film d'Agnès Merlet, Artemisia (1997), ressort dans un certain nombre de salles, à Paris et en province.

"Artemisia (1593-1654) : pouvoir, gloire et passions d'une femme peintre" - Du 14 mars au 15 juillet 2012 Musée Maillol : 61, rue de Grenelle, 75007 Paris, métro Rue du Bac
Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h - Nocturne le vendredi jusqu'à 21h30

dimanche 1 avril 2012

Cuisine tatare et descendance - Alina Bronsky

Ce roman signé par Alina Bronsky, jeune auteure allemande d'origine russe, peut difficilement laisser indifférent !
Plongés tout d'abord dans l'ex-URSS des années 80, on fait connaissance avec la famille de Rosalinda, une femme russe d'ascendance tatare qui nourrit un fort attachement pour sa culture d'origine.
Débordante d'énergie, elle incarne la parfaite matriarche sans laquelle, à première vue, la famille toute entière irait à vau-l'eau, à commencer par la vie de sa fille, Sulfia. Mais l'égo surdimensionné de Rosalinda, et son arrogance inébranlable génèrent surtout une force destructrice assez effroyable...

"Cuisine tatare et descendance" est avant tout une histoire de femmes. On suit trois générations - la grand-mère, la mère et la petite-fille - d'abord derrière le rideau de fer, où la dure réalité du quotidien implique une débrouillardise à toute épreuve (femme on ne peut plus pragmatique, Rosalinda s'adaptera parfaitement à la situation), puis dans l'Allemagne réunifiée.
Écrit à la première personne, le récit correspond exclusivement au regard que porte Rosalinda sur ceux qui l'entourent, sur la vie, et cela peut être très énervant ! En effet, ignorant le doute et persuadée d'être indispensable (ce qu'elle est effectivement parfois !), Rosalinda est un personnage antipathique au possible !

Pourtant, "Cuisine tatare et descendance" mérite vraiment le détour. Original, bien écrit et exempt de bons sentiments, le second roman d'Alina Bronsky est une belle réussite !

Éditions Actes-Sud, mars 2012 - 331 pages ( 23 €)

mercredi 7 mars 2012

Une créatrice, un univers : Une pointe d'épices


Les créations de Séverine sont de véritables petites merveilles ! Elle imagine des faire-part, des décorations de table et des menus, ou encore des cartes d’anniversaire porteurs d’univers tous plus incroyables les uns que les autres. 
Toujours à l’écoute, Séverine sait parfaitement s’adapter aux désirs du client : du véritable sur mesure !

J'ai eu envie d’en savoir plus…



- Comment t’est venue l’idée de créer ta petite entreprise ?

Amoureuse de papeterie, j’ai toujours rêvé de créer ma propre gamme, sans trop savoir vers quelle spécialité me tourner. Et puis j’ai découvert la découpe lors de mon dernier emploi dans une entreprise événementielle. Ce fut un réel coup de foudre et j’ai imaginé toutes les possibilités de ces grosses machines merveilleuses ! Souhaitant sortir des sentiers battus, j’ai donc créé mes premiers faire-part en découpe de papier qui ont très bien fonctionné grâce au bouche-à-oreille ! Fin 2008, pendant mon second congé maternité, je lançais ma petite entreprise !


- Peux-tu nous parler de ta formation, de ton parcours professionnel ? T’ont-ils préparée à ton activité actuelle ?

J’ai suivi des études de design en Belgique puis une année en infographie et communication multimédia à Lille. Webdesigner pendant 3 ans, j’ai ensuite travaillé 7 ans dans une entreprise événementielle qui réalise tous les supports de communication possibles et imaginables ! Une belle expérience qui m’a fait connaître la chaine de production et qui m’a permis de découvrir et de travailler la découpe. Tellement de possibilités avec de tels outils ! J’ai été formée sur ces machines de découpe, et les idées ont commencé à germer !


- Quelles sont tes sources d’inspiration ? Y-a-t-il des univers qui stimulent particulièrement ton imagination créative ? Es-tu notamment influencée par certains artistes ?

Mes sources d’inspiration sont multiples … Je suis fan de papeterie anglo-saxonne, du letterpress en particulier. Longtemps oublié en France, il refait doucement surface et c’est un vrai bonheur ! Sinon j’adore la déco qui m’inspire beaucoup par ses associations de couleurs et ses jeux de transparence. Je passe au moins 2h par jour sur Internet, rien que pour découvrir des nouveautés en décoration, de nouveaux graphistes qui repoussent les limites de la découpe : c’est passionnant ! Le design scandinave fait partie de mes références artistiques même si je n’ai pas souvent l’occasion d’employer certains de ses codes. Mais dès que je le peux, j’en mets une petite touche … comme pour le cahier de tendances ! L’esprit vintage et Shabby chic est très demandé aussi et quand on me soumet ce thème, je me replonge dans mes livres de décoration et de design avec beaucoup de plaisir.


- Comment se passe la collaboration avec tes clients ? Ont-ils généralement des souhaits très précis ou s’en remettent-ils totalement à toi ?

Certains de mes clients ont déjà une idée très précise de leur faire-part idéal et me demandent de mettre en scène cette idée en ajoutant ma petite touche. Mais la plupart n’ont pas d’idées précises … juste un thème ou des couleurs, parfois même une phrase ou une référence architecturale. Mon travail de recherches commence alors : trouver un fil conducteur, rendre le faire-part vivant et attrayant sans jamais tomber dans le kitsch.


- Comment procèdes-tu ? Peux-tu nous parler des différentes étapes qui composent ton travail ? Laquelle apprécies-tu le plus ?

Je soumets une maquette informatique qui pourra être modifiée à souhait. Une fois validée, je crée le prototype papier de la création (cet essai est la partie la plus chronophage sur l’ensemble de la commande car jouer avec les épaisseurs de papier et les découpes peut demander énormément de temps et d’énergie). J’envoie le prototype papier et le bon de commande au client pour ultime validation. Il est toujours plus facile de se décider en ayant le faire-part en mains. L’envoi de l’acompte lance alors la production de la commande qui peut s’étaler sur plusieurs mois selon le nombre de faire-part et leur complexité. Sachant que je passe en moyenne 10 à 15 minutes pour fabriquer un faire-part, je n’enchaîne jamais les 300 exemplaires d’une commande : le travail est trop répétitif et j’ai besoin de passer à d’autres projets en cours de fabrication. L’étape que je préfère est le prototypage. Même si cette dernière occasionne parfois des crises de nerfs, j’adore la découverte du faire-part physique que je n’avais imaginé qu’en 2-D au départ ! J’ai parfois de très jolies surprises ! L’inverse aussi, d’ailleurs …


- Que t’apporte cette aventure ?

Au point de vue personnel, c’est vraiment un luxe de pouvoir travailler de chez moi. La vie de famille change beaucoup quand on ne rentre plus à 19h30 le soir ! Je ne dirais pas que l’organisation est plus simple car c’est rarement le cas,  mais la pression de son entreprise n’est pas la même que celle d’une hiérarchie ; on la vit beaucoup mieux et on est plus efficace, je trouve.
J’ai plein de projets, de contacts professionnels qui me permettent de changer souvent de type de création. Je travaille avec particuliers et professionnels, deux approches différentes et le luxe de choisir en privilégiant l’une ou l’autre.


- Quels sont tes projets ?

J’ai cent idées à la minute !
Mais sérieusement, j’ai lancé les boucles d’oreilles en papier découpé l’été dernier et j’ai très envie de développer le concept qui démarre déjà plutôt bien ! Je vais créer une ligne de coffrets cadeaux personnalisés (deux modèles sont déjà visibles sur mon site) et j’espère travailler davantage dans la décoration événementielle. Et d’autres petites choses encore secrètes qui devraient voir le jour au cours du second semestre …

Merci Séverine !

Pour retrouver les créations de Séverine, son site : Une pointe d'épices
Ici, les boucles de papier

jeudi 1 mars 2012

Je suis faite comme ça - Juliette Gréco


Indomptable : c’est sans doute le terme qui caractérise le mieux Juliette Gréco.
Le titre de ses mémoires est inspiré d’un poème de Jacques Prévert, « Je suis comme je suis », qu’elle chanta après quelques modifications. Et en effet, ce poème, c’est tout à fait elle : une femme sans concessions et passionnée.

Avide de liberté, Juliette n’a jamais appartenu qu’à elle-même. Son rapport à la vie est intense, parfois violent, toujours sans artifices.
Elle se raconte ici avec franchise et humilité, nous conviant à un véritable voyage dans une époque révolue. De Sarte (qui fut à l’origine de sa carrière de chanteuse !) à Merleau-Ponty, en passant par Miles Davis, Boris Vian, Prévert, Brel et Gainsbourg, elle fréquenta les esprits les plus raffinés et talentueux. On la connaît comme muse de Saint-Germain-des-Prés, mais ce n’était là qu’une seconde vie. Très tôt, elle a connu la violence humaine qui la marquera à jamais.

Amoureuse des mots, de la poésie, amoureuse de l’autre, habitée par un besoin viscéral de contact humain, la chanson et la scène prennent rapidement une importance capitale dans sa vie. Elle connaîtra l’Amérique et l’aventure du cinéma, mais reviendra à ses premières amours.

Juliette porte un regard sévère sur notre monde, et la colère ne la quitte pas. Féministe des premières heures, elle revendique encore et toujours la liberté de choisir sa vie et s’inquiète pour une certaine tendance au renoncement, à l’abdication observée ici et là.
« Chanter est mon arme, ma façon de défendre la liberté. Je crois à l’importance des mots, à leur pouvoir. Choisir un texte, le chanter est un acte d’engagement… »

Vivante, libre, forte, elle repousse tout sentiment nostalgique. Elle écrit : « Aujourd’hui, je pourrais me contenter de rester sur mon image d’icône de Saint-Germain-des-Prés, d’aligner dans mes tours de chant Si tu t’imagines, Déshabillez-moi, La Javanaise, Les Feuilles mortes… et ça irait tout seul. Mais ce serait pour moi la mort, l’embaumement. Je veux rester dans la vie. Je suis interprète, je veux continuer à découvrir, à choisir des chansons nouvelles selon mon goût.»

Parallèlement à ses mémoires, Juliette vient de sortir un nouvel album, « Ça se traverse et c’est beau », inspiré par les ponts de Paris et véritable hommage à la ville qui a vu éclore son talent. Parmi les auteurs des textes : Marie Nimier, François Morel ou Philippe Sollers. Et plusieurs duos avec, entre autres, Marc Lavoine, Melody Gardot et Féfé. Début février, elle remontait sur scène pour trois soirs sur la scène du Théâtre du Châtelet à Paris.

« Je suis comme je suis » retrace le parcours à la fois atypique et passionnant d’une femme maître de ses choix, libre et courageuse. Et celui d’une bien belle âme.
À lire absolument.
 
Éditions Flammarion, 2012 – 346 pages (21,90 €)

dimanche 19 février 2012

L'île des chasseurs d'oiseaux - Peter May

Peter May signe ici un roman noir singulier, captivant et profond.
L'intrigue a pour cadre l'île de Lewis, située dans l'archipel des Hébrides, au nord de l’Écosse. Fin Macleod, le protagoniste, est chargé d'enquêter sur un meurtre particulièrement barbare, fort similaire à celui dont il s'est occupé quelques mois auparavant, à Edimbourg.
Le retour sur son île natale, quittée voilà presque 20 ans, bouleverse Fin. Il y retrouve tout un monde familier qui semble n'avoir guère évolué... On lui en veut d'avoir abandonné l'île. Au-delà de la simple enquête, qui représente surtout un prétexte pour l'auteur, le roman plonge le lecteur dans l'introspection, violente et éprouvante, du protagoniste. Les chapitres consacrés à l'enquête policière alternent en effet avec un récit à la première personne au cours duquel celui-ci se raconte. Une enfance, puis une adolescence rudes, marquées par un terrible drame familial, mais aussi par un cadre hostile et sauvage, à l'image des habitants de l'île. Cette île où perdurent des coutumes ancestrales, comme l'expédition sur l'An Sgeir, "le rocher" en langue gaélique, où chaque année des hordes de fous de Bassan sont massacrées au nom de la tradition. Peu de temps avant de quitter l'île, Fin participa à ce voyage, sorte de rite initiatique et passage obligé pour tous les adolescents de Lewis.
C'est précisément son retour sur le rocher qui permettra la résolution de l'énigme, étroitement liée au passé de l'enquêteur et au lourd secret bien gardé par une poignée d'hommes...

Éditions Actes-Sud (Collection Babel noir), 2011 – 424 pages (9,50 €)
(Édition brochée parue aux Éditions du Rouergue en octobre 2009)

Ici, le site officiel français de Peter May, un personnage haut en couleur !

vendredi 10 février 2012

Connaissez-vous Paris ? - Raymond Queneau

Le titre de ce petit ouvrage m'a immédiatement interpellé : qui peut se targuer de connaître parfaitement Paris ? Patrick Modiano lui-même, grand connaisseur de sa ville s'il en est, expliqua qu'il n'aurait jamais fini d'en découvrir les multiples coins et recoins.
Mais c'est Raymond Queneau qui est à l'origine du livre qui nous occupe ici.
Entre le 23 novembre 1936 et le 26 octobre 1938, celui-ci est responsable de la rubrique du quotidien L'Intransigeant, "Connaissez-vous Paris ?". Tous les jours, il propose trois questions portant sur Paris et son histoire, "ni banales, ni trop extravagantes"*, comme il l'écrit lui-même. Les réponses paraissent dans l'édition du lendemain. La rubrique rencontre rapidement un vif succès, et un véritable dialogue s’instaure entre Queneau et ses lecteurs. Ceux-ci lui envoient des questions dont une sélection est publiée sur le journal. Queneau expliquera plus tard combien il avait aimé cette période de sa vie, ponctuée par de longues déambulations dans Paris. :

« Pendant deux ans, j'ai donc visité Paris, avec application et amour ; c'est certainement le plus long voyage que j'ai fait. Quand la guerre est venue (celle de 39), je me suis dit [...] : "Tiens, ça fait des années que je ne suis pas sorti de France [...] et pourtant j'ai l'impression d'avoir fait le tour du monde." C'est que je m'étais promené dans Paris. »*

Sur une idée d'Emmanuël Souchier, ce petit livre paru aux Éditons Gallimard propose une sélection de 456 questions/réponses. C'est peu au regard des 2102 questions/réponses publiées par Queneau, mais nombre d'informations fournies à l'époque sont devenues obsolètes : des monuments ont été détruits, des hôtels particuliers abattus, etc. 
Ainsi, on apprend par exemple quel grand magasin fut construit par Eiffel, où se trouvait l'auberge des mousquetaires où logea d'Artagnan, ou encore quel fut le premier café de Paris.
Beaucoup de questions portent également sur l'étymologie de certains noms de rues, ou sont liées à des personnages célèbres, ayant vécu ou séjourné à Paris.
Voilà un petit ouvrage amusant et instructif à glisser dans une poche : un plan de la ville dans l'autre, à vous les longues marches et les belles découvertes !

À signaler la parution, le 15 février, d'un hors-série du journal Le Monde, dans la collection "Connaissez-vous", réalisé à partir du texte de Queneau.

*Citation tirée d'un texte paru dans la revue Services en juillet 1955
*"Un instant de bonheur", Fleur bleue, n°24, septembre 1953, Cahiers Raymond Queneau, C. Rameil, E. Souchier éd., n°6, 1987, p. 21


Éditions Gallimard (Collection folio), 2011 - 175 pages (4,60 €)

mardi 31 janvier 2012

Une créatrice, un univers : Maïa Thibault


Maïa Thibault est une jeune femme étonnante. Photographe, mais aussi sculpteur et créatrice à multiples facettes (marionnettes, jouets pour enfants...), elle est habitée par la nécessité de créer. Son regard sur le monde est bienveillant, émerveillé, et cela se voit. Très concernée par le bio, le recyclage et par les notions d’échange et de partage, elle inscrit par ailleurs sa démarche artistique dans un cadre tout à fait original.
Mais laissons-lui la parole…
                                                                
-         
          - Maïa, peux-tu nous dire qui tu es ?

 Une bricoleuse invétérée qui n'arrive pas à choisir entre la photo, le modelage, les marionnettes, les jouets, la couture, la déco, la mosaïque, le jardinage...


-         - Qu’est-ce qui occupe principalement ton temps : la photo ou tes autres créations ? Qu’est-ce qui te tient le plus à cœur ?

 Alors qu’il suffit d'une après-midi pour faire une centaine de photos, une marionnette va demander plusieurs journées. La photographie est surtout un travail de l’œil, de l'observation, tandis que le modelage ou les marionnettes font essentiellement travailler les mains, la forme, les volumes... Je n'arrive vraiment pas à faire un choix.
Je choisis donc mon activité du moment selon mon humeur. Un peu fainéante ? Envies contemplatives ? Je ferai de la photo ! Les doigts me démangent ? J'ai envie de concret, de matière ? Je vais bricoler !


-         - Quelles sont tes sources d’inspiration ? Y-a-t-il des peintres, des illustrateurs, des lectures ou encore des films qui stimulent ton imagination créative ?

J'aime depuis longtemps les livres de Kenji Miyazawa. Cet auteur japonais qui a vécu au début du siècle a laissé une œuvre très riche, joyeuse et poétique. Ces images m'habitent souvent lorsque je modèle.
En photographie, l'esthétique graphique et la délicatesse de Stéphane Hette m'émerveillent ! 
En peinture, les œuvres d'Alma-Tadema me fascinent depuis longtemps par leur fraîcheur et leur réalisme !
Séverine Cadier est une céramiste dont j'aime admirer les œuvres, ces graines géantes qui nous emmènent dans un univers de textures et de formes incroyables !
J'aime également beaucoup les jouets-objets de Cart Before The Horse, des créateurs américains à l'inspiration folk.

-         
          - Parle-nous de ton travail de photographe.

J’ai commencé la photographie à l’adolescence, après l’apparition d’une maladie génétique handicapante. Grâce à cette maladie, j’ai appris à contempler la beauté et à apprécier le silence. C’est ce rapport au monde qui a marqué le début de ma démarche de photographe et qui me pousse encore aujourd’hui dans ma recherche. J’ai toujours eu le désir de montrer à mon entourage une vision embellie du monde et de ses détails : la délicatesse, la beauté, l’harmonie dans tout ce qui nous entoure, en sublimant de simples objets du quotidien. C’est ainsi que la macro photo est devenue mon seul outil. Quand un paysage apparaît dans une plume, ou quand un simple pistil se transforme en personnage onirique, je renoue avec l’enfance, ses visions et ses rêves. La macro photo n’est pas le seul outil permettant cela mais elle répondait également à un goût personnel pour la découverte et l’investigation, tel un « Sherlock Holmes » de la nature.
Je cherche à faire entrer le public dans un monde doux et familier, mais qui suscite l’étonnement et la curiosité, qui lui permette de regarder le monde différemment, avec tendresse et simplicité, comme un enfant face à la nature.


-         - Où trouves-tu la matière première pour tes créations parallèles à la photo ?

Difficile... d'où l'idée et l'envie de créer un réseau de récupération de matériaux pour la création. Surtout qu'à la campagne, les lieux d'approvisionnement peuvent manquer. Je travaille essentiellement avec des matériaux de récupération. Et quand je trouve un bon filon, difficile de résister à la tentation de tout ramener à la maison !  Et puis les matériaux s'entassent, je n'utilise pas tout. Alors l'envie de partage s'est imposée, et je réfléchis actuellement à la façon de concrétiser ce réseau.

-          
      - Quels sont tes projets ?

Avec une amie, nous avons le projet de créer un lieu de rencontres, autour d'une épicerie solidaire, d’ateliers d'exposition partagés et, justement, autour de la récupération de matériaux.
Nous sommes déjà chacune en lien avec des associations locales qui promeuvent le bio, l'art et la culture à la campagne, la rencontre et les échanges. Ce lieu serait un peu comme un condensé de toutes ces activités, un lieu où l'on puisse trouver des informations, faire ses courses, apprendre à faire du pain, du tricot ou de la peinture, se fournir en matériaux, et rencontrer d'autres créateurs !
Un vaste projet qui devrait prendre forme cette année dans notre petit  village aveyronnais, près de Rodez.

Merci Maïa !

Pour retrouver les créations de Maïa : son site, Nuanaarpoq

samedi 7 janvier 2012

Nagasaki - Éric Faye


Depuis quelque temps, la vie bien ordonnée de Shimura Kōbō est complètement bouleversée. Des aliments disparaissent régulièrement de son frigidaire, et des objets sont déplacés. Pourtant, Shimura vit seul... Pour tenter de résoudre le mystère, il installe une webcam dans sa cuisine. De son bureau, il observe l'écran de l'ordinateur et ne tarde pas à comprendre...

Tiré d'un fait divers survenu au Japon en 2008, ce très court roman est un petit joyau.
À l'aide d'une écriture délicatement ciselée, précise et sans fioritures, Éric Faye nous emmène à travers ce qui semble au premier abord une anecdote intrigante et troublante, rien de plus. Pourtant, au fil des pages, on découvre toute la profondeur de ce récit qui interroge nos sociétés de plus en plus individualistes, pose la question de l'exclusion, du manque d'entraide, fait réfléchir à la notion de propriété. 
Nagasaki et L'Histoire tragique sont présents en filigrane.
Vraiment un magnifique roman.

Éditions Stock, 2010 - 112 pages (13 €)
"Nagasaki" est paru en poche (Éditions J'ai lu) en octobre 2011

samedi 24 décembre 2011

Sous la glace – Louise Penny


Au lendemain de Noël, une femme est assassinée dans le petit village québécois de Three Pines. Arrivée depuis peu avec sa famille, CC de Poitiers habitait une inquiétante maison située au somment de la colline dominant le village. Méchante, arrogante et hypocrite, elle s’était attiré bien des inimitiés. Elle venait par ailleurs de publier un livre reprenant les différents aspects d’une ancienne philosophie orientale dont elle était adepte jusqu’à l’obsession…
Mais qui donc a pu planifier un meurtre aussi singulier ?

Le très attachant inspecteur-chef Armand Gamache est chargé de l’enquête. À travers son regard bienveillant et plein d’humanité, on découvre peu à peu la petite communauté très soudée de Three Pines.
L’auteure nous entraîne sur de fausses pistes, mais Gamache est là qui, petit à petit, rassemble les morceaux du puzzle que constitue cette énigme délicate.

Le style de Louise Penny est particulier ; quelques clichés, selon moi, auraient pu être évités, et on regrettera quelques envolées ou réflexions pas toujours très heureuses. En revanche, l’usage de termes ou d’expressions typiquement québécois participe à l’ambiance chaleureuse et réjouissante du roman.
 Mais ce qui frappe surtout dans ce polar, ce sont les atmosphères. Le roman est imprégné de la chaleur des intérieurs douillets qui contrastent avec le froid canadien qui règne au dehors ; Louise Penny sait parfaitement envelopper le lecteur de cette ambiance si particulière… qu’on voudrait ne plus quitter !

Un petit village enfoui sous la neige et illuminé pour Noël,  du chocolat chaud devant la cheminée et des biscuits encore tièdes, une librairie où trône un imposant poêle à bois…  « Sous la glace » est un polar à lire au coin du feu, blotti sous ses couvertures. Un vrai polar de Noël !


« Sous la glace » est le deuxième tome de la série des enquêtes de l’inspecteur-chef Gamache. En lisant « Nature morte », le premier tome, on saisira probablement mieux certains aspects de ce polar qui restent un peu troubles pour qui découvre la série. « Nature morte » se déroule également à Three Pines. Un troisième tome, « Le mois le plus cruel » a été traduit de l’anglais et publié dernièrement par Flammarion Québec. La série comprend 4 autres tomes encore non traduits. On espère les retrouver vite chez Actes-Sud !

Éditions Actes-Sud (Actes Noirs), 2011 – 352 pages (23 €)
 

mercredi 14 décembre 2011

Le petit Audiard illustré par l'exemple - Philippe Durant


Je viens de terminer un livre vraiment réjouissant. Il s'agit d'une sorte de répertoire présentant les termes et les expressions les plus truculents et/ou caractéristiques des dialogues écrits par Michel Audiard. Chacun d'eux est contextualisé à l'aide d'exemples empruntés à différents films. Une explication accompagne le tout. Gorgés d'humour et parsemés de jeux de mots parfois grivois, ces commentaires sont un véritable régal !
En voici un exemple:

Gambilles/gambiller :

- Si on déjeunait ? Parce que moi, après le déjeuner, j'ai l'intention d'aller faire un tour.

- Et moi de gambiller !
(France Asselin et Pierre Brasseur dans Rue des Prairies)

Donne l'impression trompeuse d'être un parent de gambettes, que Mistinguett avait très belles. Pas tout à fait. Certes, il faut des gambettes pour gambiller. 
À l'origine, ce verbe signifiait marcher. Qu'en est-il des gambilles du samedi ? Ni marches forcées, ni trekkings dans les rues de Paris. Que fait-on avec ses jambes ? On marche, on court, on trottine, on saute, on expédie des coups de pied bien placés... et on danse ! Tagada tsoin tsoin. Pendant longtemps, la France s'amusa dans des bals populaires, dits "gambilles". Où elle dansait, donc "gambillait". Tradition festive qui permettait de mettre ses gants brillants, de se dégourdir les gambettes et de repousser les grandes bêtes.

On pénètre ainsi dans le petit monde d'Audiard, difficilement compréhensible si l'on n'en détient pas les clefs.

Le plus souvent d'origine argotique, le vocabulaire explicité comprend également beaucoup de références culturelles propres aux années 50/60, la "grande époque" d'Audiard. On apprend ainsi ce qu'était "le service des garnis", "L'homme du XXème siècle", ou encore un "mêlé-casse".
Grand lecteur et doté d'une vaste culture, le dialoguiste truffe aussi ses répliques d'allusions à des personnages littéraires ou historiques, ainsi qu'à des évènements célèbres.
Quant à l'argot, soit il le reprend tel quel, soit il l'adapte en étendant ou restreignant le sens originel du mot.
L'auteur décortique chaque mot ou expression, précise son origine et son éventuelle évolution, en donne les synonymes. Ainsi, les "bigorneaux", "mirotons",  et autres "sorcières aux dents vertes",  n'auront plus de secrets pour vous !
Audiard aimait jouer avec les mots. Le langage fleuri qu'il est parvenu à élaborer constitue un véritable plaisir sensoriel : on le hume et on s'en délecte.

Le livre s'achève avec un florilège des clins d’œil et citations littéraires dont il faisait grand usage, suivi de la liste des films dialogués par ses soins.

À la lecture d'un tel ouvrage, on n'a qu'une envie : voir ou revoir Les Tontons Flingeurs, Le Cave se rebiffe, Les Barbouzes ou Un Taxi pour Tobrouk !

Nouveau Monde Éditions, 2011.
207 pages

lundi 5 décembre 2011

La Nourrice - Marco Bellocchio


J'ai revu dernièrement ce très beau film de Bellocchio, sorti en 1999 et inspiré d'une nouvelle de Luigi Pirandello : il constitue, selon moi, l'une des plus belles réussites du réalisateur italien.
Plusieurs thèmes s'y entremêlent : le refus de la maternité, la question du traitement des maladies mentales à l'aube du XXème siècle, l'opposition bourgeoisie/monde paysan... le tout sur fond de revendications sociales dans l'Italie du début du siècle.

Vittoria (Valeria Bruni-Tedeschi) est l'épouse du professeur Mori (Fabrizio Bentivoglio), un psychiatre qui exerce sa profession avec passion dans un asile exclusivement féminin. Elle met au monde un enfant qu'elle refuse d'allaiter et pour lequel elle ne ressent aucun amour maternel. Le professeur décide alors de faire appel à une nourrice, Annetta (Maya Sansa), une jeune paysanne robuste et pleine de vie qui s’oppose à la pâle et tourmentée Vittoria.
Bien vite, celle-ci éprouve de la jalousie à l'égard d'Annetta chez qui l'instinct maternel est particulièrement développé ; la nourrice entoure d'attentions cet enfant qui n'est pas le sien, et la relation affective qu'elle parvient à construire avec le bébé provoque un malaise croissant chez Vittoria...

Outre le thème de la maternité non désirée, La Nourrice aborde notamment la question de la névrose féminine qui y est étroitement liée, et qu'on devine fréquente dans la société bourgeoise et conformiste de l'époque. Non seulement Vittoria éprouve de la jalousie pour Annetta, mais elle reconnaît aussi chez la jeune fille un sens profond de la liberté, une liberté dont elle-même qui n'existe qu'à travers son statut d'épouse, n'a jamais véritablement pu jouir. Même le choix de la maternité lui a été imposé. Certes, Annetta est pauvre, analphabète, mais elle n'appartient qu'à elle-même. Vittoria, en revanche, souffre de sa condition et réprime en permanence de profonds  troubles névrotiques, sans doute précisément ceux que son mari tente de traiter chez ses patientes...

Bellocchio dresse ici deux portraits de femmes parfaitement opposés. Annetta est touchante dans sa volonté d'apprendre, de connaître, pour ne pas "rester la même toute [sa] vie", selon ses propres termes.
À sa demande, le professeur Mori commence à lui enseigner l'écriture et la lecture (ces séquences sont sans doute parmi les plus belles du film). Pour Annetta, la connaissance est synonyme de liberté. Vittoria, au contraire, semble s'étioler au fil des jours...
Par ailleurs, le thème de la liberté s'inscrit dans un climat d’agitation sociale particulièrement intense dans lequel Annetta est indirectement impliquée, à travers son amant... On retrouve bien là la patte du réalisateur engagé qu'est Marco Bellocchio.

La nourrice est vraiment un film magnifique que je vous invite à découvrir ! Les acteurs y sont exceptionnels, avec une mention spéciale pour Maya Sansa à laquelle Marco Bellocchio offrait là son premier rôle au cinéma.

samedi 19 novembre 2011

Escapades en librairies


À l’heure où la situation des libraires et des éditeurs français (et d’ailleurs…) est devenue particulièrement inquiétante, où le secteur du livre subit une crise sans précédent, le gouvernement vient d’annoncer une hausse de la TVA sur le livre, qui passera de 5,5 à 7% à partir de janvier 2012. Cette mesure s’inscrit dans le cadre du second plan de rigueur mis en place par François Fillon.
La réaction du syndicat national de l’édition (SNE) ne s’est pas faite attendre : il demande au gouvernement de faire marche arrière.
En réponse aux protestations, Valérie Pécresse, la ministre du Budget, et Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, ont présenté une « mission d’accompagnement du secteur du livre pour le passage de 5,5 à 7% du taux réduit de la TVA ». Il y est question, entre autres, d’« un soutien financier spécifique […] organisé par le Centre national du Livre à l’attention de la librairie indépendante, pour faire face notamment aux éventuelles (sic) difficultés liées à la transition. »
En quoi consiste précisément ce "soutien financier" ? En attendant davantage de précisions, un constat s'impose : les librairies indépendantes, les plus fragiles, sont celles pour qui les conséquences de cette mesure seraient particulièrement douloureuses.
C’est dans ce contexte extrêmement délicat que Cœur de livres, une association agissant en faveur de la promotion du livre et de la lecture dans la ville de Montpellier, lance  les « Escapades en librairies ».
Pendant trois jours, du 25 au 27 novembre, les montpelliérains, petits et grands, pourront assister et participer à une série de rencontres (lectures à haute voix, petits spectacles, concerts, ateliers de dessin, quiz littéraires…) qui auront toutes lieu chez les libraires indépendants de la ville. Une façon pour Cœur de livres de célébrer le 30ème anniversaire de la loi Lang sur le prix unique du livre.
L’objectif de ces « Escapades » ? Faire redécouvrir l’espace-librairie et rappeler que, s’il est tentant de se tourner vers la vente en ligne ou vers les grandes surfaces culturelles, la librairie indépendante reste un lieu d’échanges et de transmission tout à fait irremplaçable.

Le programme complet des Escapades en librairies est disponible ici

dimanche 13 novembre 2011

13 jumelles-13 twins





Hambourg, Abidjan, Copenhague, Dakar, Anvers, Gênes,  Haïfa, Kobé, Odessa, Le Pirée, Shanghaï, Marrakech, Glasgow.
Qu’est-ce qui rassemble ces 13 villes, disséminées sur 3 continents  ?
Elles sont toutes jumelées avec Marseille.

Voici un projet que j'avais envie d'évoquer ici. Non seulement je le trouve original et enthousiasmant, mais en plus il prend pour point de départ un thème qui m'est cher : la découverte de l'Autre.

Marianne est une jeune documentariste d'origine marseillaise, très attachée à sa belle et cosmopolite ville natale. Son projet ? Partir à la rencontre des jeunes femmes nées comme elle, le 14 août 1980, dans l'une des 13 métropoles jumelées avec Marseille. L'objectif ? L'échange et la découverte. Quels liens ces jeunes femmes entretiennent-elles avec "leur" ville ? Quel regard posent-elles sur certains lieux en particulier ? Ce sera aussi l'occasion pour Marianne d'évoquer "sa" Marseille et d'échanger avec ses "jumelles", pour mieux comprendre ce qui les rapproche et les différencie, elles qui ont grandi dans des cultures parfois très différentes.
Chacune de ces rencontres donnera lieu à 13 portraits de femmes se racontant à travers leur ville dans un film documentaire interactif.
Celui-ci, projeté à Marseille, sera enrichi de rencontres sur place, le tout dans le cadre du projet Marseille Provence 2013, année qui célèbre Marseille comme Capitale Européenne de la Culture.

Première étape du projet: trouver les jumelles ! Participons tous aux recherches !


Ici, le site web officiel du projet "13 jumelles" pour suivre l'aventure !
Here, the "13 twins" project official website to follow the adventure!


jeudi 10 novembre 2011

Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan National Gallery de Londres

La Dame à l'hermine (1488-1490)
Hier ouvrait ses portes à la National Gallery de Londres une exposition exceptionnelle consacrée à l’œuvre picturale de Léonard de Vinci, "Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan".
C'est la restauration de la version londonienne de "La Vierge aux rochers" qui est à l'origine de l'exposition. L'autre version exposée a été prêtée par le Louvre. Les deux œuvres sont réunies pour la première fois.
Ce n'est évidemment pas la première exposition consacrée au grand maître italien, mais celle-ci a la particularité de s'intéresser aux techniques picturales de Léonard et non à son œuvre d'inventeur génial.

L'exposition se concentre donc sur la "période milanaise" de Léonard de Vinci, période très productive, pendant laquelle il était le peintre officiel de la cour du duc Ludovic Sforza.
Sur les 15 tableaux du peintre qui sont arrivés jusqu'à nous, 9 sont exposés à la National Gallery : jamais autant de tableaux de Léonard n'avaient été réunis. Parmi eux, notamment : La Dame à l'hermine (prêtée par le musée Czartoryski de Cracovie) ; le Portrait de musicien, magnifique tableau représentant un jeune homme auquel Léonard lui-même aurait enseigné le luth (il vient de la pinacothèque Ambrosienne de Milan) ; La Belle Ferronnière (en provenance du Louvre) ; et donc les deux versions de La Vierge aux rochers.

On peut également admirer une cinquantaine de dessins et esquisses, ainsi que des œuvres réalisées par des élèves du maître.


Léonard de Vinci, peintre à la cour de Milan
9 novembre 2011-5 février 2012

Ici, la présentation de l'exposition sur le site web de la National Gallery

Je n'ai pas vu l'expo, donc si certains parmi vous ont l'occasion d'y aller, j'attends leurs commentaires avec impatience !

lundi 7 novembre 2011

Parfum de glace - Yoko Ogawa

"Gouttes d'eau qui tombent d'une fissure entre les rochers. Air froid et humide d'une grotte." [...] "Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière."
"Frasil sur un lac à l'aube."
"Mèche de cheveux d'un défunt formant une légère boucle."
"Vieux velours passé qui a gardé sa douceur."

Ces quelques indices, enregistrés sur une disquette, ponctuent le roman de Yoko Ogawa, et entraînent le lecteur dans un va-et-vient continu entre le Japon et la belle et fascinante Prague.

Le corps d'Hiroyuki a été retrouvé dans son atelier de parfumeur. Le jeune homme s'est suicidé. Rapidement, Ryoko, sa compagne, s'aperçoit qu'elle ignorait tout de celui qui partageait sa vie depuis un an. Elle part donc sur les traces de cet homme mystérieux qui semble avoir volontairement effacé un passé trop douloureux.
La présence perpétuelle des odeurs (Hiroyuki était un nez extrêmement doué) caractérise le récit et se mêle à la quête de la mémoire. "Source de mémoire", tel est le nom du parfum élaboré par Hiroyuki et offert à Ryoko précisément la veille du jour qu'il choisit pour se donner la mort. Ce parfum et son odeur accompagnent la jeune femme dans son voyage à la rencontre de l'homme qu'elle aimait.
C'est à Prague qu'intervient la dimension fantastique du roman, à travers la rencontre du gardien de paons, dans une mystérieuse grotte.
Plus terre à terre, l'omniprésence de la mère d'Hiroyuki, oppressante et frappée par une forme de folie, est sans doute l'une des clefs du roman...

Tout en délicatesse, et à travers une écriture dépouillée, le récit de Yoko Ogawa aborde le thème du suicide de l'être aimé sans pathos. La douleur est là, évidemment, mais Ryoko choisit de faire son deuil à sa manière, en s’engageant dans cette sorte de pèlerinage sur les traces d'Hiroyuki.
Au fond, que savons-nous vraiment de ceux dont nous partageons le quotidien ? N'ignorons-nous pas quelques fois leurs inquiétudes les plus profondes ?
"Parfum de glace" fait partie de ces romans qui, une fois refermés, continuent d'habiter le lecteur. Est-on parvenu à tout décrypter ? Certains aspects ne nous ont-ils pas échappés ? Probablement, mais c'est, entre autres, ce "travail" de compréhension en aval de la lecture, qui donne tant de charme et d'intérêt au roman.

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle - Actes Sud, 2002

Si certains parmi vous ont lu "Parfum de glace", ça m'intéresserait beaucoup de savoir ce qu'ils en ont pensé !

lundi 31 octobre 2011

Bienvenue !


Bienvenue dans mon blog qui vient tout juste de voir le jour, et à très bientôt !